Laon

Pour mon fils.

Jalmalv Laon

En ce jeudi, j'arrive et me présente dans un service dans lequel, on ne nous confie jamais  ou rarement de malades. Ce jour là, dans le bureau des infirmières, IDE, AS, médecins sont là. Ils me proposent d'aller rencontrer un homme de 40 ans qui arrive au terme de sa vie et ne parle à personne, Il a refusé de parler avec la psychologue.  Je me demande intérieurement pourquoi y aller, mais je  ne veux pas avoir l'air de fuir devant la difficulté. Et puis je verrai bien. Cet homme c'est sa liberté, peut-être une des dernières qui lui reste, de l'exercer en  s'opposant à notre rencontre..

Je frappe à sa porte qui est ouverte, Comment je me présente je ne sais plus vraiment, surement comme accompagnante bénévole venant lui proposer un petit temps ensemble, Rapidement cet homme va se confier pendant trois quarts d'heure. Il me parle de sa maladie, de sa fin qui approche et peu à peu il me confie son angoisse de devoir expliquer à son fils de 17 ans qu'il va mourir. Ils n'en ont jamais parlé. Ce fils il l'a élevé seul,  sans la maman disparue un matin sous le prétexte d'aller acheter des cigarettes, le petit avait quelques mois. Pas de grands parents, ni oncle, ni tante. Il me parle de sa solitude. Et puis un drame dans sa vie, être accusé à tort de maltraitance sur cet enfant. Il me parle de sa garde à vue, de la honte qui l'a poursuivi. Heureusement l'auteur des coups avait été retrouvé, mais lui le papa souffrait toujours de ne pas avoir su ou pu protéger son enfant. Alors, aujourd'hui devant sa mort qui se profile, il aimerait le protéger, il a lutté toute sa maladie,pour lui, pour eux deux, mais voilà la fin approche. Comment parler à son fils? Et puis il se soucie de l'avenir de son enfant. Il me demande si je peux venir un jour où son fils sera là. Le temps passe,  avec peu de silence, tout est dense., intense. Tout d'un coup il me dit :"Je me demande pourquoi j'ai pu vous dire tout cela?" "J'ai eu confiance en vous, je ne sais pas pourquoi".

La semaine suivante, lorsque j'arrive, son fils et là, Il m'accueille, la parole circule entre eux, le père trouve ses mots, je me retire percevant que je n'ai pas ma place dans cet échange intime, ultime. Lorsque je reviens, quelques jours plus tard il est décédé.

" Je n'ai fait qu'accueillir  ce que cet homme avait à se dire. Il n'avait besoin que d'une présence, d'une oreille . Je crois que d'avoir pu parler, déposer ce qui le travaillait, a amené cet homme démuni, à revisiter sa vie, à discerner comme il a toujours voulu protéger son fils et qu'il se devait avant de mourir de lui parler de sa vie, de leur vie, de sa mort, de sa vie à lui son fils. Il a pu le faire, je crois parce qu'il a eu devant lui quelqu'un de neutre, respectueux et  bienveillant, qui accueillait ce qu'il disait sans jugement, quelqu'un qui ne lui a donné aucun conseil, qui lui a permis d'élaborer,  ainsi sa propre solution. Probablement que d'avoir parlé avec son fils, a atténué un peu, sa souffrance de père".

Confidences reçues par Zab accompagnante bénévole.

La rose

Ce jour là, une personne, une femme m'est confiée. Ce sera notre seule rencontre. Lorsque j'entre dans sa chambre, je vois  son mari et ses deux petits- enfants d'environ 6 et 10 ans. Elle, dans son lit parait bien fatiguée, le teint très jaune. Je suis un peu embarrassée, pensant que la présence des enfants va rendre l'échange difficile, je le crains. Je  ne le pense même pas possible. Je me présente. Cette femme à ma surprise prend l'initiative, saisit sur sa table de nuit une lettre et me la tends en me disant:" Voyez ce que ma petite fille Valentine m'a écrit".

je lis cette lettre, c'est un poème disant la beauté d'une rose, mais cette rose, fragile, peu à peu se fane et va mourir. La comparaison est faite avec sa grand -mère qui meure C'est un texte d'une grande maturité, très bien rédigé et très lucideLa petite a tout compris.

Je félicite Valentine pour ce poème, son style, puis je lui demande si avant d'apporter cette lettre à sa grand-mère elle l'avait montré à ses parents? "Oui" Qu'ont ils-dit? " Rien, ils ont pleuré, mais n'ont rien dit" Et ta grand-mère? "Elle a pleuré mais n'a rien dit". La grand mère me demande:" Voudriez-vous accompagner mes petits enfants dans le hall, ils vont déposer un chèque pour ma télé".

J'accepte, est-ce une demande non explicite de sa part?  Je ne sais pas, mais me voila avec deux enfants et dans le contexte de leur grand-mère qui va très mal, la perception de Valentine que sa grand-mère va mourir et le silence et les larmes de sa famille. Je laisse les enfants s'exprimer, puis je leur dis comme c'est difficile pour des parents  d'exprimer leur peine devant leurs enfants, parce qu'ils espèrent ainsi les protéger. Nous échangeons un bon moment. L'un comme l'autre savent l'imminence de la mort.

Quelques années plus tard, par hasard je rencontrerai Valentine qui me reconnait et me rappelle notre rencontre, nos échanges.

Zab accompagnante  bénévole

Un regard, une caresse.

Madame D. Elle ne parle plus, très âgée, ses jours sont "comptés", personne ne sait le temps qu'il lui reste. Je frappe. j'entre dans sa chambre. Je lui propose ma présence, son regard bleu m'observe, il me semble qu'elle m' accepte, je m'assieds à sa gauche, je glisse ma main sous la sienne posée sur le drap et commence à lui caresser doucement la main. Mais vivement elle retire sa main, je pense avoir précipité les choses, lui avoir imposé un contact qu'elle ne désirait pas. Mais c'est elle qui prend ma main et de l'autre la caresse tout en alternant de très légers tapotements,  deux ou trois caresses puis autant de tapotements et ainsi de suite, lentement. Son regard bleu accroché à mon regard, elle continue délicatement, avec une sorte de tendresse. j'ai l'impression que cette main usée, fine, fragile m'apaise, me communique sa chaleur, je me sens bien dans ce silence que je ne romps que très peu. Madame D a l'air apaisé, me prends-t-elle pour quelqu'un qu'elle a connu, je ne sais pas, Mais ce geste répétitif et tendre a l'air d'avoir du sens pour elle. Je la regarde, lui souris et reste suspendue à son regard. C'est un moment de vie, d'échanges. Je me sens bien. Ce jour là en quittant l'hôpital je m'interroge, pourquoi dans ce contact avec cette dame je me suis sentie aussi bien? Quelques mois plus tôt j'avais subit une agression physique très violente, et cette dame sans le savoir a été la première a toucher mon corps (ma main) avec tendresse, ce corps  violenté par mon agresseur. Qui ce jour là a pris soin de l'autre? C'était un échange bienveillant. Don contre don.

Zab accompagnante bénévole

Accompagnement d'un couple  je t'aime et je t'aimerai toujours 

 

Monsieur vient voir sa femme tous les jours. Elle est alitée, ne peut pas parler mais elle comprend et réagit par le regard. Je les revois pour la deuxième fois.

En passant dans le couloir, je vois Monsieur, à travers la porte ouverte, assis auprès de sa femme.

L'infirmière doit faire des soins, je demande à Monsieur si je peux venir un peu plus tard.

En passant de nouveau dans le couloir, je vois Monsieur assis sur un banc, attendant que l'infirmière ait fini. Je m' assois à côté de lui. Il m'explique que sa femme vient d'avoir de la morphine et que souvent elle s'endort aussitôt. Il me dit de ne surtout pas m'inquiéter si elle ne réagit pas à ma venue. Il ne pense plus être présent mais a prévenu sa femme de mon passage. Il me dit encore aussi avoir préparé sa femme à ma venue.

 

Je dois le laisser pour une autre visite et reviens ensuite..Monsieur est toujours là dans la chambre. Sa femme semble se souvenir de moi, m'accueille par son regard. Elle semble fatiguée. Je la rassure en lui disant qu'elle peut fermer les yeux et même s'endormir. Son mari me dit : je l'ai mise en bonne disposition pour vous accueillir. Et après un petit moment, il rajoute: « vous savez ce que je lui ai dit : » je t'aime et je t'aimerai toujours ».

Avant de les quitter je dis tout doucement au revoir à Madame. Elle ouvre les yeux et me fait un grand sourire.

Je prends celui-ci en plein cœur et la remercie pour ce sourire et lui dis que je l'emporte avec moi.

Son mari semble aussi content que moi de cette manifestation de gratitude.

Uta accompagnante bénévole

Je serai parti la semaine prochaine.

C'est un monsieur déjà d'un certain âge. Il ne parle pas beaucoup, s'exprime très lentement ce qui donne une force à ses mots.Il me parle de son domicile, une maison de retraite où il a l'air de se sentir bien.Après un certain moment je lui dis que je dois le quitter maintenant et lui explique que je passerai le voir la semaine prochaine. Il me répond : «Vous pouvez encore rester un peu. Je serai parti la semaine prochaine. » Je lui pose la question :»Vous voulez dire quoi ? » et lui de me répliquer : »Mais vous avez bien compris Madame. » J'essaie de préciser : »Vous voulez me dire que vous allez mourir. » « Mais oui Madame. » et il tourne sa tête vers moi en me regardant comme pour affirmer ses dires.  « C'est ça, je le sens bien. ». Je mets ma main sur la sienne, peut-être pour adoucir ce moment grave, pour bien lui faire ressentir ma présence, peut-être pour le soutenir. Il me dit merci.

Peu de temps après il me parle à nouveau : « Je le sens bien, mes forces me quittent. »

Silence.

Après un moment je lui demande si cela lui fait peur. Il me dit que non: « On doit bien mourir un jour. Je le regrette pour ma fille, mes amis. »

Silence.

Je lui demande ce que je pourrais lui souhaiter ? Il ne me répond pas.

Après un long moment je lui dis que je dois partir.

Il me remercie avec un sourire touchant.

Uta accompagnante bénévole

Pourquoi continuer à m'accrocher?

La personne malade est une dame en fin de vie, autour de 60 ans.

Elle souffre.

Elle me parle de sa vie, sa vie de femme, sa vie de mère.

Elle me dit: « Je n'ai eu que des misères, partout où je regarde, des misères ». Alors dites-moi : « Comment voulez-vous que je m'accroche à la vie? »

« Dites-moi à quoi je pourrais m'accrocher. Pourquoi voulez-vous que je passe encore des examens.... inutiles ».

A toutes ces questions, cherche-t-elle vraiment une réponse de ma part, de toute façon je n'en ai pas.

Je ne peux que l'écouter, la laisser vider son sac. A un moment donné je lui dis: là, je suis avec vous, on est toutes les deux. Je lui souris, je lui prends la main. Elle s'apaise et me dit le bien que cela lui fait.

Nous restons encore un peu comme ça, en silence.

 

Uta accompagnante bénévole

 

 

 

Sérénité

Cette dame, déjà âgée, en fin de vie, me dit être contente de sa vie. Elle dit ne pas trop souffrir et ne pas se sentir abandonnée.

Et puis elle rajoute « Mais j'aimerais bien partir maintenant, je suis fatiguée » Elle complète avec un petit point d'humour: « J’ai quand même bien le droit de me reposer maintenant, non? »

 

Quand j'ai pris mes notes après cet accompagnement, j'ai écrit d'emblée, cette dame m'épate, quelle sérénité!

Uta accompagnante bénévole

 

 

                                                                                                           

Dessin à ma maman

 

C'est une dame relativement jeune, en fin de vie. Elle ne donne aucun signe de communication, a les yeux fermés. Je lui parle tout doucement puis reste en silence. Et là, mon regard tombe sur une feuille accrochée à son lit avec un dessin de sa fille de 8 ans qui  a écrit: à ma maman gravement malade.Alors je pense à cette petite fille, à cette maman et reste encore un moment à côté d'elle.

Uta accompagnante bénévole

Apaisement

Je me souviendrais toujours d'un des premiers accompagnements que j'ai fait auprès d'un Monsieur âgé, en toute fin de vie. Aucune communication verbale n'était possible pour lui. Il me semblait un peu agité, sentait il ma présence ? Je lui ai pris la main et petit à petit il s'est calmé, jusqu'à se rendormir, sans doute apaisé.

Daniel accompagnant bénévole

Récemment, un Monsieur avec qui habituellement les échanges sont très limités, qui ne se confie pas m'a parlé de sa fin de vie, de sa souffrance.

Ma soeur

Un autre accompagnement qui m'a marqué est celui d'une dame dont la sœur était en toute fin de vie. Elle vient voir l'infirmière au bureau, très angoissée, assez démontée. Je me trouvais présent et l'infirmière m'a demandé de l'accompagner. Cette dame ne voulait plus entrer dans la chambre de sa sœur. Pour elle c’était insoutenable de la voir comme cela. Je lui ai proposé de faire un tour dans le jardin, elle a pu se confier tranquillement et, quand nous sommes revenus, elle est entrée dans la chambre sa sœur.

Daniel accompagnant bénévole

Témoignage de monsieur Didier Sicard

Témoignage de madame Chantal Catan

JALMALV

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