Pourquoi parler de la mort avec les enfants ?

Pourquoi est-ce important de parler de la mort avec les enfants ?

Si nous ne pouvons empêcher que nos enfants soient confronter à la mort nous pouvons les protéger en leur donnant des outils pour se construire, en ne les laissant pas seuls avec leurs questions, leur recherche de sens, en les laissant exprimer leurs interrogations, sans fermer les portes à ces questions qui surviennent et qui favorisent la pensée en toute chose. La conscience de la mort est indispensable, l’enfant doit l’intégrer, comprendre que la vie n’est ni toute rose, ni toute noire et comprendre que l’on ne maîtrise pas tout. Il faut parler de la mort aux enfants car ils ont un imaginaire tel, qu’ils envisagent des choses pires que la réalité.
Aborder le thème du cycle de la vie, parler, dialoguer avec l’enfant et ne pas escamoter la mort aident l’enfant et le préparent à affronter les épreuves inéluctables de la vie et de ce fait le sécurisent. L'enfant ne "vit" pas la mort comme les adultes et il doit apprendre ce qu'elle représente, comme il apprend à vivre à nos côtés, pour un jour devenir un adulte accompli.


En primaire, il y a en moyenne un orphelin et dans une classe de collège ou lycée, 3 à 4 orphelins par classe.


L’enfant, très jeune est confronté à la mort (animal …) et se pose des questions: qu'est-ce qu'être mort ? Que va-t-il lui arriver ? Aura-t-il mal ? Revient-on du pays des morts ?


Parce que parler de la mort, c’est parler de la vie, on ne peut pas faire l’impasse de la mort. Nous, adultes, devrions faire comprendre à l’enfant qu’il est inscrit dans une lignée, lui faire prendre conscience du cycle de la vie, lui faire confiance, sachant que l’enfant a des ressources insoupçonnées.
 

Parler de la mort aux enfants est utile pour leur construction psychique et leur développement et pour les deuils qu’inévitablement ils auront à faire dans leur vie. Il ne faut pas attendre un drame éventuel (mort d’un des parents, d’un petit copain…). C’est par l’expérience et en partageant nos émotions, en libérant la parole que peu à peu nous pouvons affronter, vivre nos deuils le moins mal possible. Dès la petite enfance nous apprenons à gérer nos frustrations qui sont des deuils permanents. Sans être une mort, chaque perte est un deuil à faire.
Les enfants n’ont ni l’expérience de la mort, ni le vocabulaire et donc, il faut, en parlant avec eux, leur donner des outils qui leur permettent d’exprimer ce qu’ils ressentent, qui leur permettent de comprendre ce qui se passe.

 

Le flou peut être très angoissant. L’enfant a un imaginaire développé, si on ne parle pas, il peut croire des choses plus inquiétantes que la réalité.
Cacher la mort à un enfant ou les circonstances de celle-ci peut faire perdre définitivement confiance dans les parents, dans les adultes. L'enfant sent qu'il se passe quelque chose de grave dont il est éloigné. Les enfants sont doués pour entendre ce que l'on ne dit pas ... Face au silence ou aux fausses paroles, il saura que les adultes lui mentent, l'isolent. Sa confiance en eux s'ébranlera.
Ne pas savoir parler avec l’enfant ou l’ado de son deuil, peut provoquer chez lui des troubles psychologiques et des troubles de l’attachement (solitude, dépression pouvant aller jusqu’au suicide). Les deuils non faits font le lit des addictions chez les jeunes. 80% des addictions qui ont lieu chez les jeunes sont dues à un deuil qui ne s’est pas fait, d’autres causes peuvent évidemment se surajouter.

Parler des défunts permet de faire comprendre que c’est l’amour suscité par une vie qui a de la valeur et donc qu’une vie même très courte comme celle d’un bébé ou d’un enfant a de la valeur.


Si nous voulons que la mort soit moins taboue chez l’adulte, il faut permettre aux enfants et aux jeunes d’en parler, et d’en parler vrai avec ce que l’on en sait. Quand la mort crée un traumatisme, cela vient souvent de l’attitude des adultes,( phrases inadaptées, mensonges, impossibilité pour l'enfant d'avoir un interlocuteur, d'être écouté.


Pour savoir comment s’y prendre, il faut d’abord identifier ce que l’enfant peut en comprendre. Il est illusoire d’imaginer qu’en lui cachant ce qui se passe, l’enfant pourrait être maintenu dans l’ignorance. Car il possède ses propres antennes et sait très bien quand quelque chose ne va pas. Face à une situation qu’il n’arrive pas à interpréter, il va bâtir ses propres hypothèses, échafauder ses propres explications qui peuvent être parfois bien pires que la vérité. Une chose est donc sûre, s’il ne décode pas de la même façon que l’adulte, l’enfant ne réagit pas moins, même si c’est à sa façon.


Parler de la mort dans notre société occidentale aujourd’hui, ne va pas de soi. On le fait traditionnellement seulement quand on y est confronté, acculé par un événement familial, un drame comme les attentats ou au moment de la Toussaint. Le reste du temps ce sujet a mauvaise presse : l’aborder signerait presque chez celle ou celui qui s’y risquerait soit une tournure d’esprit particulièrement morbide, soit une phase plus ou moins dépressive. Cela n’a pas toujours été ainsi. Mais, ce n’est pas parce que notre époque évite la question de la mort qu’il faut renoncer à en parler.

 

Tout au contraire.

Quand et comment en parler ? Que faut-il dire et ne pas dire ? C’est ce dont nous voulons vous parler. La confrontation à la disparition d’un proche est l’une des épreuves les plus terribles qui soit. Que cela advienne brutalement ou qu’on y ait été préparé, le cœur et l’esprit sont soumis à une incroyable pression physique et psychologique, à une terrible déchirure intérieure, à une effroyable souffrance que rien ne semble pouvoir atténuer. Pourtant, la forme que prend actuellement la mort, mélange à la fois de banalisation et de maîtrise, n’est pas aidante pour celui qui y est confronté. Banalisation quand il s’agit de rendre cet évènement le plus discret et invisible possible, mais aussi par la mort si présente sur nos écrans ou dans les jeux vidéo et maîtrise pour ne pas montrer ses émotions.
« Et quand la mort lui a fait signe/ De labourer son dernier champ/ Il creusa lui-même sa tombe/ En faisant vite, en se cachant/ Et s'y étendit sans rien dire/Pour ne pas déranger les gens » chantait Brassens (« Pauvre Martin »).

Maîtrise, parce qu’il n’est pas de bon ton d’extérioriser son affliction qui n’a guère droit de cité. Les émotions doivent rester intimes et privées. On ne doit pas les montrer, mais au contraire faire preuve de dignité. Le statut contemporain de la mort en arrive presque à considérer que ce qui est pathologique, ce serait la souffrance face à la perte, alors même que c’est bien son absence ou l’incapacité de bien gérer le deuil qui est problématique. Si l’adulte a déjà du mal à savoir comment réagir, ne parlons pas des enfants qui sont trop souvent mis à l’écart de l’évènement, au prétexte de les protéger. L’animateur, l’éducateur, le parent peuvent ainsi être amenés à adopter des comportements qui pour, être largement partagés, n’en sont pas moins contre-productifs. Retour sur une réalité qui ne doit plus rester taboue.
La position des adultes.
Les adultes pensent que les enfants sont trop jeunes et qu’ils ne vont pas comprendre.
Les adultes pensent que les enfants ont le temps d’être confrontés à la mort, ils pensent ainsi protéger les enfants en évitant ce sujet.
Les adultes ne savent pas comment parler de la mort aux enfants parce que, entre autres, personne ne sait réellement ce qu’est la mort, personne ne l’a expérimentée. Cela permet à l’enfant et à l’adulte d’être sur un pied d’égalité.
Les adultes ne souhaitent pas montrer aux enfants qu’ils n’ont pas toutes les réponses et sont démunis devant ce thème qui les effraie. Ils ont aussi peur des questions des enfants.
Parler de la mort avec un enfant, un ado, un adulte suscite des émotions. Surtout, lors d’un deuil, les adultes sont submergés par leurs propres émotions, c’est pourquoi il ne faut pas attendre d’être en situation pour en parler.
Quand trop protéger revient à mettre en danger
Notre société a élevé l’enfance au rang d’une période de la vie devant avant tout être protégée. Comme l’explique Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre « Nous voulons proposer à nos bambins un monde sans frustration, sans solitude, sans absence, sans malheur et sans mort. Et nous pensons réussir ainsi à les mettre à l’abri de la souffrance. Quelle erreur ! Tout d’abord, parce que l’absence est fondatrice de la vie psychique. Lorsque sa mère disparaît régulièrement de son champ de vision, le nourrisson est contraint à créer des représentations en mobilisant le souvenir de sa présence et de la satisfaction qu’il pouvait en tirer. C’est cet éloignement qui permet l’élaboration des symboles. Ainsi, le bébé va-t-il investir un objet doux et agréable qui va lui rappeler l’existence de sa mère et l’aider dans l’attente de sa réapparition : c’est le doudou, le ninnin, la tutute… qui a d’autant plus de chance d’agir qu’il sera imprégné de l’odeur de la mère ». Le psychanalyste Donald Winnicott donna à ce support destiné à rassurer et à réconforter l’enfant, le nom d’objet transitionnel.


Comme le dit le docteur Ben Soussan, ce n’est pas tant de la mort dont les enfants ont fondamentalement peur, mais de l’absence et de l’abandon ... Autre conséquence de la tentative pour éduquer un enfant dans un monde aseptisé et sans risque : lorsque le danger survient, n’y ayant jamais été préparé, celui-ci ne saura comment y faire face. Il ne faut donc pas hésiter à confronter l’enfant aux différentes épreuves de l’existence, aux frustrations et en premier lieu à la mort.

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now